vendredi 18 mars 2011

Vincent Migeat / quand on abandonne le numerique

"(...) Last but not least : l’image latente (l’attente), le temps, le rapport au temps. Moi qui suis un vrai impatient, un nerveux et un angoissé, l’appareil numérique n’était pas bon pour moi. Boulimie : l’été, je passais mon temps à faire des photos. A en oublier les autres, la famille, les amis. Le soir, je me retrouvais devant mon Mac à retoucher les images du jour... Les photos se suivaient et finissaient un peu toutes par se ressembler. Des clones de clones : qu’en reste-t-il , au bout du compte ? Pas plus de bonnes photos, plutôt moins d’ailleurs, le trop nuit au bon, le mieux est l’ennemi du bien. Je viens de retravailler sur des négatifs, des séries faites en 1993 au Portugal. Je m’aperçois que c’est capital de prendre du temps (bon, onze ans, c’est abuser !), quelques semaines, le temps de développer et de faire les planches contact, ça laisse le temps à la pulpe de se redéposer, ça laisse le temps d’oublier un peu, de laisser l’émotion passer. Oublier pour mieux redécouvrir et éprouver sa mémoire. Les photographies, disaient les Indiens, ce sont des miroirs qui se souviennent... Un peu plus de réflexion au moment de la prise de vue, plus d’effort mental, une bien meilleure qualité, et enfin du temps. Que demander de plus ? Je repose donc cet appareil étrange qu’il fallait en plus réveiller pour faire la moindre photo. Au revoir les images-minute, revoici l’image latente, son grain de peau incomparable, ses caprices et ses humeurs, ses certitudes déçues et ses surprises inattendues. J’ai repris mes Leica, indémodables appareils, spartiates d’entre les spartiates, fidèles soldats. Acier poli et horlogerie germanique contre plastique et circuits imprimés. Quand tout devient trop confortable, trop immédiat, trop à portée de main à tout instant, la créativité, animal difficile, fout le camp. Il faut donner de soi, apprendre à attendre pour re-ce-voir. Je ne serais pas étonné si cette réflexion pouvait s’étendre à la musique et à quantités d’autres choses. Je ne serais pas en outre surpris que se noue là un problème plus profond de notre modernité."

Source: Vincent Migeat sur Agoravox

mardi 8 février 2011

Apologie des delais analogiques

Un article: Image l(‘)at(t)ente: apologie des délais analogiques, à retrouver ICI.
Il y est bien entendu question de l'image latente... mais aussi, plus globalement, des délais en photographie analogique... et donc de la lenteur qui intéresse les lecteurs de ce blog.

lundi 7 février 2011

Emil Orlik et Walter Benjamin / une longue immobilite

"(...) Orlik écrit ainsi: 'La synthèse de l'expression, imposée par la longue immobilité du modèle, est la raison principale pour laquelle ces clichés, malgré leur simplicité, agissent comme de bons portraits peints ou dessinés, et produisent sur le spectateur une impression plus frappante et plus durable que les photographies actuelles (...).' Le procédé lui-même n'amenait pas les modèles à vivre à la pointe de l'instant, mais à s'y installer pleinement; pendant le temps prolongé que durait la pose, ils s'insinuaient pour ainsi dire dans l'image (...)"

Emil Orlik, cité par Walter Benjamin dans Petite Histoire de la Photographie (1931 pour l'édition originale), extrait de Oeuvres II, Folio Essais, 2000

vendredi 31 décembre 2010

Jean-Christophe Bailly / de combien de temps se souvient-elle ?

"Ce que l'on devrait se demander devant l'immobilité ou le suspens de l'image, c'est: de combien de temps une photographie se souvient-elle ?"

Jean-Christophe Bailly / L'instant et son ombre, essai / Seuil / Fiction et Cie / p54

jeudi 30 décembre 2010

Douglas Gordon / 24 hour psycho

"(...) la proposition plastique de Douglas Gordon (...) consiste à faire se dérouler Psychose, le film de Hitchcock (...) sur 24 heures. La dilatation du temps du suspense débouche sur un temps que nous n'avions jamais vu, jamais perçu ainsi - un temps qui aurait bien plus de temps qu'il n'en a, un temps qui, durant aussi longtemps, ne montrerait plus que lui."

Jean-Christophe Bailly / L'instant et son ombre, essai / Seuil / Fiction et Cie / p56

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Ex journaliste, informaticien, Ecolo, photographe, belge, bedonnant, grisonnant, polyglotte, passant quotidiennement trop heures derrière mon volant. Vous en voulez encore? Parlons plutôt photographie!