Photographier lentement... prendre le temps de photographier... se demander à quel rythme on photographie... ou bien photographier vite ou régulièrement... ne pas oublier de photographier... ne pas se laisser bouffer par le temps qui nous empêche de photographier... La photographie, ce n'est pas seulement le résultat de la lumière... mais le produit temps*lumière...
"(...) A soixante ans révolus, Henri Cartier-Bresson, (...) en renouant avec le dessin, (...) franchit un pas de plus (...) Plus que jamais, il peut prendre le temps de le perdre, et ne plus perdre sa vie à la gagner. (...)"
P. Assouline in "Cartier-Bresson l'Oeil du siècle" / Gallimard Folio / 2006 / p336
HCB a en effet d'abord étudié la peinture, choisi la photographie en 1932, à 24 ans, pour l'abandonner à 62 ans, en 1970, et se consacrer définitivement au dessin.
"Le Temps court et s'écoule et notre mort seule arrive à la rattraper. La photographie est un couperet qui, dans l'éternité, saisit l'instant qui l'a éblouie." Henri Cartier-Bresson
Cité par P. Assouline in "Cartier-Bresson l'Oeil du siècle" / Gallimard Folio / 2006 / p410
"(...) si je continuais à prendre des photos? (...) Eh bien, je viens juste d'en prendre une de vous, mais sans boîtier, c'est aussi bien... La barre de vos lunettes exactement parallèle à la partie supérieure du cadre derrière vous, c'était saisissant... je ne pouvais pas laisser passer cette admirable symétrie... voilà c'est fait!... De quoi parlait-on déjà? (...)" p15
"(...) Il ne voyage pas mais se déplace. Lentement si possible, car il est de ceux qui prennent le temps de le perdre. Le temps n'a plus d'importance. (...) l'Etat de grâce, accessible aux seuls êtres qui ne le cherchent pas est aussi une question de disponibilité. Cartier Bresson guette la surprise à tout instant, mais ne l'attend jamsi. Il n'a rendez-vous qu'avec le hasard, lequel n'en fixe pas. Alors il demeure réceptif, état propice aux plus foudroyantes rencontres. (...) Un déclic jamais n'abolira le temps (...)" pp106-107
"(...) Quelques années plus tard (...) [Simone de Beauvoir] est autrement impatiente: 'Combien de temps ça va prendre?' (...) 'Un peu plus que chez le dentiste, un peu moins que chez le psychanalyste...' (...)" pp221-222
"(...) Son principal défaut lui saute immédiatement aux yeux: il travaille trop vite. (...) Ce qui était un atout pour le reporter devient un handicap pour le dessinateur. Il lui faut donc faire l'apprentissage de la lenteur, sans que ce soit au détriment de ce que l'instincs peut avoir de foudroyant. (...)" p344
"(...) le photographe procède comme un sculpteur inuit face à son bloc de pierre. Celui-ci tourne autour sans le toucher pendant des jours et c'est uniquement lorsqu'il sent qu'un ours blanc l'habite qu'il sculpte un ours blanc. Cartier-Bresson n'agit pas autrement (...) Il a comme nul autre l'intuition de la forme dans l'instant. (...)" p358
"(...) Contempler ses photos ne le mobilise guère. Moins encore les posséder ou les commenter. Il n'est de joie que dans la capture. C'est le champ clos de son duel avec le temps. Sa vie frénétique est un éloge de la lenteur. (...)" p380
P. Assouline in "Cartier-Bresson l'Oeil du siècle" / Gallimard Folio / 2006